Isabelle

Qu’est-ce qui se cache derrière le nom des stations de métro : Sans-Souci ?

Sans Henri*, rien de ce qu’est la campagne
Ne s’appellerait Sans-Souci,
Label, qui, comme la prussienne Potsdam,
Fut par le grand Fritz choisi !

Frédéric II de Prusse (11712-1786)

Amateur de flûte, de notes en Stradivarius,
Cet empereur de la Kartoffel **
Préférait au bruit les cloches de l’angélus.
Loin de Berlin, il pouvait enlever ses Stiefel*** !

Le Nouveau Château à Potsdam, Berlin

Qu’il est doux ce quartier de Sans-Souci
Et ses pavillons de banlieue à la française,
Aujourd’hui, comme hier, de jolis jardins lotis
Oasis où l’on se sent aussitôt à l’aise !

Pavillon de style Art Nouveau

A Sans-souci, comment pourrait-on l’espace…
…L’espace d’un instant seulement,
Imaginer souffrance, épouvantes, angoisses
Alors que se profile l’idée d’enfermement ?

Entrée de la prison de Montluc

Pourtant à l’orée du 20è on y construit une prison,
Des murs hauts bien gris près du fort Montluc
A l’origine, certes destinée aux grivetons,
Dont les parois suintent des horreurs le suc…

Mémorial de Montluc, hommage aux victimes de la barbarie nazie

Le boucher de Lyon, n’a rien d’une Barbie…
Tête de la Gestapo, il bousille le jour à Berthelot,
En Klaus barbare, casse les nerfs à Montluc la nuit
De dissidents, juifs, rouges, gitans et combien d’homos…

Jean Moulin (1899-1943), à la tête des Mouvements Unis de Résistance

Tous ces décadents, des parasites, qui dégénèrent la race !
Vocifèrent les yeux injectés de haine les nazi-fascistes.
Le docteur Lacassagne doit en faire une grimace !
Qui allaient vers les détenus en premier médecin légiste…

Alexandre Lacassagne (1843-1924), médecin légiste auprès des tribunaux

Pour faire le portrait-robot d’un criminel, prendre d’abord
Ses mesures, de la tête au pied, puis faire parler les chiffres.
Avant Les Experts US, c’est lui et son élève Locard les cadors
D’une nouvelle science, la criminologie, qui porte leur griffe !

Edmond Locard (1877-1966), médecin légiste fondateur à Lyon en 1910 du 1er laboratoire de police scientifique au monde

Ah qu’il est joli ce quartier de Sans-Souci,
Loin de l’agitation, loin du bruit, des problèmes…
Planté de soucis couleur orange, couleur vie,
On s’y arrête pour en humer l’haleine…

La fleur de souci

*Henri de Tournelles cf. Monplaisir

** Pomme de terre en allemand

***Bottes en allemand

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qu’est-ce qui se cache derrière le nom des stations de métro : Monplaisir

Au commencement était le château et le château était aux Jésuites et les Jésuites, forts de leur devise Pour une plus grande gloire de Dieu  le transformèrent en maison de campagne. En ces temps de contre-réforme, tout jésuite qu’ils sont, ils aspirent de temps à autre au repos.

Le château des Tournelles

Il se dressait, ce château, au commencement, à la croisée de rues que l’on appelle aujourd’hui Rochet & Sisley, là, face à l’hôtel Mercure.

La sortie des Usines Rochet-Schneider, chemin Feuillat-1910

C’est au siècle des Lumières qu’un certain baron, Henri des Tournelles tombe sous son charme et l’achète.

Tout par Henri est fait : il scinde en deux le domaine ;  sans lui, rien de ce qu’est le village  ne s’appellerait Monplaisir,  rien de ce qu’est la campagne ne s’appellerait Sans-souci…

Arrive le XIXe siècle qui révolutionne le visage du quartier… la nature s’y laisse grignoter ici et là par une architecture industrielle jamais vue, dont les toits en dents de scie donnent le hoquet au ciel…

Toits en sheds typiques de la révolution industrielle importée de GB

Dans un des ateliers, un certain Marius  peaufine l’assemblage, pièce par pièce, d’une incroyable machine : l’automobile. C’est le nom qu’on lui donne.

Logo Berliet à la locomotive américaine à vapeur dotée d’un pare-bluffle

Son premier modèle, la Pantoufle, « chaussée » à la Croix-Rousse en 1895 trace pour Berliet la voie du succès : arrivant en pool position face à des concurrents nombreux, plus de cent, il entre dans la légende. Lyon devient le berceau de l’industrie mécanique accueillant le premier salon de l’auto en 1899.

Les usines Berliet

L’esprit de Monplaisir change, lui aussi.  En lui était l’esprit et l’esprit est la lumière des hommes… Et la lumière, en 1895, luit dans les ténèbres à Monplaisir grâce à deux hommes, Auguste et Louis, les deux frères visionnaires ! Forcément, avec un tel nom, ils se devaient d’être éclairés !

Auguste et Louis Lumière

Réels magiciens, l’image, par la grâce de leur génie, s’anime, voilà qu’elle prend vie ! Le quidam, assis là dans le noir, se laisse prendre au piège de l’illusion, hypnotisé qu’il est par cet inouï ! Il n’en croit pas ses yeux, il vient d’assister à la naissance du cinématographe.

Projection de l’Arroseur arrosé

L’histoire, tout le monde le sait, est une ritournelle. Source de croissance au vingtième siècle, Monplaisir, aujourd’hui, irrigué par le génie de son lieu, retrouve l’ambiance village, certes très résidentiel, qu’affectionnait tant le Baron des Tournelles au dix-huitième.

La sortie de l’Usine Lumière, 1er film de l’histoire du cinéma

Qu’est-ce qui se cache derrière le nom des stations de métro : Croix-Paquet ?

A la façon de Didier qui s’est inspiré de Raymond Queneau dans :

– Cépalabaméici, dit Zazie en arrivant sur la place.

– T’es sûr, réplique Gabriel, c’est pas plutôt de l’aut’ côté ?

–  C’est lui qu’à raison, hurle Charles, on s’est trompé d’arrondissement !

– Vous commencez à m’chercher sérieux, soupire Zazie.  Ici c’est la croisée d’ la montée Saint Sébastien, d’ la rue du Griffon et des Capucins, dans l’ premier ! La place, elle était déjà là au XVIIe. Place Croix-Paquet !

Place Croix-Paquet en 2025

– Tu causes, tu causes, c’est tout c’que tu sais faire… rajoute Marceline en arrivant tout’ essoufflée. Ces marches çà m’tue, z’auraient pu mettre aut’ chose !

–  T’avais qu’à prendre la ficelle, lui répond Zazie.

– Ben, keskecékça la ficelle, demande Marceline, éberluée, tu t’fiches d’moi ?

– T’es pas à Paris ici ma vieille ! La ficelle, c’est comme ça qu’ les Lyonnais y zy appellent leur funiculaire. Un des premiers construits dans l’monde ! Ficelle parce qu’y avait un gros câble qui, par va et vient, f’zait monter une cabine pendant qu’l’aut, elle descendait !

La Ficelle Croix-Paquet

Même qu’pendant le chantier, y zont buté contre un énorme caillou porté là d’puis les Zalpes par un glacier ! T’imagines !

Le Gros Caillou à la Croix-Rousse

– Tu veux dire que c’qui trône sur l’plateau là-haut ça vient dla montagne ? s’ébahit Charles

– Arfaitement ! Après ils l’ont détruite la ficelle cause que ça rapportait pu assez…

Le Funiculaire Croix-Paquet 2è version

…avant de construire ce ch’min de fer à crémaillère. Même que les riverains ont gueulé pour la garder, leur ficelle !

Nouvelle gare en construction 1974

– Croix-Paquet, c’est marrant comme nom, c’est comme la ficelle, j’ai jamais entendu çà avant, constate Charles.

–  ah ça, ça vient d’un quidam, Jean Paquet qui s’appelait, un négociant. Il a fait dresser sa croix ici en 1628, peut-êt’ en remplacement d’une aut, celle du griffon, rasée par les Réformés ! La croix aujourd’hui n’est plus, reste que le nom d’la place. Voilà pour ma docte science, dit Zazie fièrement.

– Mouais… soupire Marceline un peu vexée. Faut toujours que tu te la ramènes…

– Et je rajoute, glisse l’autre avec préciosité, le numéro 5, vous voyez la maison là, en bas dla place,    ben elle  dessert la cour du Moirage…

– du Moirage, la ramène Gabriel, késkeckça encore ?

– ah ces embroussaillés ! c’est là qu’les tisseurs v’naient avec leurs soieries, on y écrasait irrégulièrement le tissu pour qu’il ait un aspect changeant…

L’escalier Monumental du Monastère des Feuilants XIIe

– T’en sais des choses, s’esstazie Charles !

– Attends, c’est pas fini ! Avant c’était un monastère, des frères Feuillants…

– Encore un drôle de nom, réagit Charles.

– Ah là, j’sais pas pourquoi !

– Ah tu vois qu’ tu sais pas tout, en profite Marceline

– N’empêche, s’empresse de préciser Zazie, de là on traboule jusqu’à la rue des Petits Feuillants et la rue Lorette… vous pigez, 3 accès !… alors pendant la guerre, ben c’était Byzance pour ceux qui chassaient les boches !

– Moi, j’ m’en méfie des guides. Tous ces trucs baratinés, on sait pas si c’est vraiment vrai. D’ailleurs moi j’ crois à rien, c’est plus sûr, conclue Marceline.