Au commencement était le château et le château était aux Jésuites et les Jésuites, forts de leur devise Pour une plus grande gloire de Dieu le transformèrent en maison de campagne. En ces temps de contre-réforme, tout jésuite qu’ils sont, ils aspirent de temps à autre au repos.

Il se dressait, ce château, au commencement, à la croisée de rues que l’on appelle aujourd’hui Rochet & Sisley, là, face à l’hôtel Mercure.

C’est au siècle des Lumières qu’un certain baron, Henri des Tournelles tombe sous son charme et l’achète.
Tout par Henri est fait : il scinde en deux le domaine ; sans lui, rien de ce qu’est le village ne s’appellerait Monplaisir, rien de ce qu’est la campagne ne s’appellerait Sans-souci…
Arrive le XIXe siècle qui révolutionne le visage du quartier… la nature s’y laisse grignoter ici et là par une architecture industrielle jamais vue, dont les toits en dents de scie donnent le hoquet au ciel… dans un des ateliers, un certain Marius peaufine l’assemblage, pièce par pièce, d’une incroyable machine : l’automobile. C’est le nom qu’on lui donne.

Son premier modèle, la Pantoufle, « chaussée » à la Croix-Rousse en 1895 trace pour Berliet la voie du succès : arrivant en pool position face à des concurrents nombreux, plus de cent, il entre dans la légende. Lyon devient le berceau de l’industrie mécanique accueillant le premier salon de l’auto en 1899.

L’esprit de Monplaisir change, lui aussi. En lui était l’esprit et l’esprit est la lumière des hommes… Et la lumière, en 1895, luit dans les ténèbres à Monplaisir grâce à deux hommes, Auguste et Louis, les deux frères visionnaires ! Forcément, avec un tel nom, ils se devaient d’être éclairés !

Réels magiciens, l’image, par la grâce de leur génie, s’anime, voilà qu’elle prend vie ! Le quidam, assis là dans le noir, se laisse prendre au piège de l’illusion, hypnotisé qu’il est par cet inouï ! Il n’en croit pas ses yeux, il vient d’assister à la naissance du cinématographe.

L’histoire, tout le monde le sait, est une ritournelle. Source de croissance au vingtième siècle, Monplaisir, aujourd’hui, irrigué par le génie de son lieu, retrouve l’ambiance village, certes très résidentiel, qu’affectionnait tant le Baron des Tournelles au dix-huitième.