La Croix-Rousse est une galerie d’art à ciel ouvert où nombreux sont les adeptes de l’art urbain ou street art, pratique née aux Etats-Unis dans les années 60. Depuis la nuit des temps, l’homme ressent un besoin impérieux de laisser une trace de son passage sur terre ; en témoignent par exemple l’art pariétal ou rupestre, les graffiti sur les murs de Pompéi.
L’homme contemporain convoque de nouvelles techniques : le pochoir, le marouflage, le sticker…sans oublier la grande star : le tag, écriture d’un monde parallèle qui s’approprie l’espace public où signaler sa présence, transformant la ville en une sorte de jeu de piste géant. Les œuvres réalisées par les grapheurs/tagueurs, la plupart esthétiques, demeurent souvent mystérieuses…Le public se sent quelquefois frustré de subir des images dont il comprend qu’il n’en est pas forcément le destinataire. Mais l’art n’a-t-il pas pour vocation de susciter des émotions, même négatives ?
Zigzaguons ensemble sur le plateau et les pentes de la colline où l’art urbain, officiel ou illégal, s’affiche partout à la faveur de l’esprit quelque peu transgressif des lieux. Vous allez voir, c’est d’la bombe !
Fourvière vient du latin forum vetus qui signifie vieux forum.
Le forum est un terme qui nous renvoie à l’époque romaine quand en 43 av. J.-C, Lucius Munatius Plancus, lieutenant de Jules César fonde la ville de Lugdunum sur les hauteurs de la colline. Quelques temps plus tard, l’empereur Auguste, saisissant la position stratégique de la ville, en fait la capitale des 3 Gaules, une distinction dont les conséquences vont être retentissantes aussi bien au niveau de l’économie, de la démographie, de l’architecture que des arts. Une preuve ? Dès 15 avant notre ère, on bat la monnaie d’or et d’argent à Lugdunum, à l’égal de Rome.
Partons ensemble déambuler parmi les vestiges de cette ancienne colonie romaine ; traverser le théâtre, approcher l’odéon, les thermes, un des 4 aqueducs : vous comprendrez alors pourquoi à l’époque tous les chemins menaient à Lugdunum !
Pour chanter Veni Creator, il faut une chasuble d’or, Nous en tissons pour vous Grands de l’Eglise, Et nous pauvres Canuts, n’avons pas de chemise…
Le Chant des Canuts Aristide BRUANT 1894
On le voit, la vie des Canuts, ces tisseurs en soie installés au XIXe siècle sur la colline de la Croix-Rousse ne tient qu’à un fil ! Parce qu’ils sont tributaires des Soyeux, ces fabricants-négociants qui tirent les ficelles du marché de la soie, leur revenu est mince comme un fil ! Lettrés, entrepreneurs, solidaires, ils tissent sur un drapeau noir leur devise, illustration poignante de leur détresse : vivre en travaillant ou mourir en combattant, ou comment tout risquer pour obtenir un tarif décent de leurs façons. De quoi donner du fil à retordre aux autorités…
En partant du plateau de la Croix-Rousse, le Montmartre lyonnais, venez débarouler les pentes (du parler local qui signifie dévaler les escaliers) de la colline, son dédale de traboules, venez admirer ses immeubles à l’architecture manufacturière unique, vous mettre à l’affût du bistanclaque, bruit caractéristique de la mécanique Jacquard qui résonne partout encore, tel un hommage éternel à ces artisans-artistes, afin que le fil de leur histoire jamais ne se rompe !